L'adolescence du perroquet d'Amélie Nothomb, ed Albin Michel


Fidèle au rendez-vous de la rentrée littéraire Amélie Nothomb revient avec L'Adolescence du perroquet en renouant avec ce qu'elle fait de mieux, le conte cruel et le huis clos psychologique aux frontières de l'absurde. 
Elle met en scène l'histoire de l'adoption d'un gris du Gabon, prodige du langage qui va basculer dans une crise d'adolescence, A.Nothomb signe donc une fable sur la  parentalité contrariée, sur l'emprise et la solitude.
C'est dans un appartement parisien où cohabitent Alban, chroniqueur radio, et Jo, le volatile zélé durant la période de confinement forcé de 2020, que ce huis clos improbable va se transformer en un laboratoire de la folie.
À l'instar d'Hygiène de l'assassin, son premier roman, l'autrice se concentre sur un duel d'intelligences tandis que l'espace se réduit à mesure que l'obsession grandit.

Cet appartement devient la scène d'une lente bascule où Alban, fasciné par cet animal intelligent avec qui il est le seul à pouvoir communiquer va au fil des mois se retrouver prisonnier des silences et des provocations de sa propre création.

La grande trouvaille du roman réside dans sa réflexion sur la parole. Pour Alban, la paternité ne relève pas de la biologie, mais du verbe : « La parole n'est-elle pas ce que fonde l'engendrement ? Je n'avais pas engendré Jo. Je lui avais servi de muse pour parler. C'est plus fort qu'engendrer. »

Jo séduit d'abord son maître-père par sa créativité linguistique inédite puis, frappé par la crise hormonale de l'adolescence, va basculer dans un mutisme glacial. Ce refus de communiquer de la part de l'oiseau prive le narrateur de son miroir narcissique et ainsi  provoque une vérutable détresse existentielle, d'autant plus violente qu'elle émane d'un animal.

C'est ici qu'Amélie Nothomb tente de donner au récit une portée plus large. 
Sous des airs de badinage "zoologique", elle dissèque toute la complexité des liens affectifs. L'amour inconditionnel exigé par le maître-père se heurte à l'ingratitude naturelle de l'adolescent ! Nous assistons  alors à une cruelle inversion des rapports de force, le perroquet va imposer sa loi par l'absence et le 
dominant étouffant devient alors la victime d'un tyran miniature. 



Ce que j'en pense :

Avec cette fable moderne, Amélie Nothomb s'affranchit du réalisme et expose à nu la vanité de l'amour possessif et la difficulté fondamentale d'accepter l'autre tel quel qu'il soit.

Pourtant, malgré ce point de départ prometteur, la mécanique, autrefois brillante dans Hygiène de l'assassin ou Stupeur et Tremblements, tourne ici à vide. La relation entre Alban et son oiseau paraît artificielle, l'humour ne prend pas et le roman ressemble finalement plus à une démonstration théorique qu'à une vraie histoire.

Si L'Adolescence du perroquet confirme la vitalité de l'imaginaire non-autobiographique chez Amélie Nothomb, ce roman ressemble davantage à un exercice de style automatisé qu'à un grand cru « nothombien ». En rejouant ses thèmes fétiches sans vraiment y insuffler sa folie habituelle, elle signe un roman mineur qui intéressera surtout ses lecteurs les plus fidèles.







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